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Fabiola Campillai, une candidate en lutte pour des réformes sociales

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Quinze millions de chiliens s’apprêtent à voter pour les premières élections générales depuis le mouvement social de 2019. Une élection présidentielle, des élections législatives et aussi sénatoriales partielles, avec une candidate hors du commun dans le paysage politique chilien : Fabiola Campillai, qui a été rendue aveugle par des tirs de la police il y a deux ans.

Avec notre correspondante à Santiago, Justine Fontaine

En ce week-end de printemps austral, Fabiola Campillai et son équipe de campagne distribuent des tracts sur le marché de San Bernardo, en banlieue sud de Santiago. « Candidate au Sénat pour la région de Santiago ! Première fois qu’une femme d’un quartier populaire de cette commune est candidate au Sénat ! », crie à l’intention des passants sa directrice de campagne, Mariana San Martin.

Il y a deux ans, en plein mouvement social contre les inégalités, les policiers ont tiré une bombe lacrymogène au visage de cette ouvrière, alors qu’elle allait à son travail. Elle a perdu complètement la vue, le goût et l’odorat. « Vous serez mes yeux, je serai votre voix », dit-elle aujourd’hui aux électeurs. Elle s’adresse en particulier à ceux qui sont descendus dans la rue fin 2019.

« Pour nous une vie digne cela veut dire : de meilleures retraites pour les personnes âgées, car elles touchent des pensions misérables aujourd’hui. Un meilleur système de santé, car personne ne s’occupe des listes d’attente très longues ici. Et puis une meilleure éducation : ce n’est pas possible que les jeunes se retrouvent endettés pendant des années à cause de leurs études », explique la candidate au Sénat.

Grace 21 ans, vient d’une famille modeste. Elle pense voter pour cette candidate indépendante dimanche. « Elle vit la même réalité que nous, pas comme les candidats des quartiers chics », explique la jeune femme. Si elle est élue, Fabiola Campillai serait la première parlementaire non voyante de l’histoire du Chili.

Le dossier Mapuche, sujet sensible de ces élections

Le conflit dans la région d’Araucanie, où le peuple Mapuche réclame la restitution de ses terres, sera l’un des dossiers urgents du prochain président chilien. C’est un conflit historique qui oppose les autorités, les groupes armés et les organisations de défense des droits du peuple Mapuche. Les actions des forces de l’ordre ont fait plusieurs morts dans la population civile. Le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme enquête d’ailleurs sur la mort d’un membre de la communauté mapuche âgé de 23 ans, survenue le 3 novembre lors d’un contrôle de police, rapporte notre envoyé spécial à Santiago, Raphaël Moran.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait des attaques et des incendies, notamment contre des grandes exploitations forestières, conduisant le gouvernement chilien à décréter un état d’urgence controversé à la mi-octobre.

« Cet état d’urgence dure depuis plus d’un mois, avec des militaires déployés sur le terrain. Malheureusement, les députés ont prolongé cet état d’exception. Et ce qui est grave, c’est que notre Assemblée constituante va bientôt tenir une session dans cette région », critique Natividad Llanquilleo, élue mapuche à l’Assemblée chargée d’écrire une nouvelle Constitution chilienne.

Pendant la campagne électorale, le candidat de gauche à la présidence, Gabriel Boric, a également condamné l’état d’urgence. Il appelle à l’ouverture d’un dialogue incluant des organisations internationales et locales. La gauche antisystème propose pour sa part d’expulser les entreprises transnationales des terres revendiquées par les Mapuches. Tandis que le candidat de la droite radicale, José Antonio Kast, est favorable à une militarisation encore plus sévère de la région.
 

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