News

l’Éducation nationale dans la rue contre les protocoles Covid-19

Grève dans toute la France au sein de l’Éducation nationale. Ils manifestent leur mécontentement face à la gestion de la crise du Covid-19 dans les écoles, les collèges et les lycées, après une rentrée chaotique. Des manifestations étaient organisées ce jeudi 13 janvier 2022 dans le pays.

À Marseille, un cortège composé de 2 200 personnes, selon la police, a défilé dans la matinée. Celles et ceux qui y participaient souhaitaient exprimer leur ras-le-bol face aux conditions d’enseignement qui se sont dégradées depuis le début de la crise sanitaire. 

Nathalie est enseignante à Marseille. Elle en a assez de devoir appliquer un protocole sanitaire qui change sans arrêt. Cela désorganise complètement la vie de l’établissement, explique-t-elle à notre correspondant sur place, Yoram Melloul.

Les horaires sont décalés. Il y a des parents qui ne savent plus à quelle heure est la cantine, à quelle heure il n’y a pas la cantine ; il y a des parents qui font tester les enfants qui arrivent, mais c’est trop tard les enfants ne peuvent plus passer à la cantine. Donc les parents n’arrêtent pas de faire des allers-retours, et en fait c’est le chaos. Face à ça, on a un ministre qui est dans un mépris total, qui nous envoie le protocole sanitaire la veille, ou dans la presse…

 

Ici et là fusent quelques appels à la démission du ministre de l’Éducation nationale, Jan-Michel Blanquer. Dans le cortège, les professionnels de l’enseignement dénoncent un manque de moyens encore plus visible depuis le début de la crise sanitaire.

►Lire aussi : Le ministre de l’Éducation en difficulté à la suite de nouveaux protocoles Covid

Naima enseigne dans un lycée des quartiers nord de la ville. « On n’a pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, pas de lingettes pour nettoyer les tables, énormément d’élèves absents qui attrapent le Covid », dénonce-t-elle.

Elle a aussi la casquette de maman : impossible pour elle de se battre sur tous les fronts. « Moi, ma fille, explique Naima, c’est tous les jours qu’il y a un cas Covid déclaré dans sa classe. Eh bien je ne l’ai pas mise pendant une semaine. Je n’ai pas que ça à faire : je travaille, je l’élève seule, il faut que j’aille au labo pour faire trois tests. Je n’ai pas le temps, je fais comment ? Je n’arrive pas à gérer, je suis épuisée. »

A minima, elle voudrait que des masques FFP2 soient distribués dans son établissement, et que du gel hydroalcoolique soit accessible dans toutes les classes.


 

« Combien de temps on peut tenir ? »

Des milliers d’enseignants ont défilé aussi ailleurs en France ce jeudi, jour de grève dans l’Éducation nationale pour protester contre la valse des protocoles sanitaires.

Selon le ministère de l’Éducation nationale, près de 38,5% des enseignants sont en grève dans les écoles. Le SNUipp, premier syndicat du primaire et du secondaire, annonce 75% de grévistes. Une école primaire sur deux est restée fermée, selon le syndicat. Au collège et au lycée, le chiffre est de 23,7% selon le ministère, 62% pour le Snes-FSU.

►À relire : Grève massive dans les écoles contre le protocole Covid et le manque de moyens

L’Agence France-Presse donne la parole à Yuna, 30 ans, professeure de collège en Seine-Saint-Denis, en REP, à Sevran.

« On n’arrive pas à enseigner correctement, concède la jeune femme. Je ne sais jamais avec qui je vais faire classe. Je dois avancer dans le programme sans la moitié des élèves et ceux absents doivent suivre en distanciel, sur un téléphone sans bonne connexion internet, ce n’est pas égalitaire. »

« Je suis heureuse d’enseigner dans le 93, je suis attachée aux élèves, mais depuis deux ans, je suis très fatiguée. Je me pose la question : combien de temps on peut tenir ? », s’interroge-t-elle.

À Paris, Lucie Bouteloup, du service France de RFI, a rencontré Jonathan, stagiaire enseignant venu dire son désenchantement dans le contexte actuel du Covid-19.

 


Je viens de rentrer dans la profession, et ce dont je me rends compte, c’est que j’idéalisais peut-être un peu ce métier de l’Éducation nationale

Jonathan, stagiaire enseignant

 

« Des personnes déconnectées du terrain »

« Nous en sommes au 30e protocole depuis le début de la crise sanitaire », s’émeut enfin Vanessa Cognet, 42 ans, directrice d’une école de trois classes à Châteldon, une commune rurale du Puy-de-Dôme. Elle est pour sa part interrogée par l’AFP.

« On est hyper adaptables, les collègues sont très consciencieux. Mais on a eu une seule bouteille de gel hydroalcoolique depuis la rentrée pour toute l’école et quelques masques en tissu », ajoute la professeure. « Je reçois toujours les informations par la presse. Les consignes arrivent le soir à 23 heures, pour pouvoir dire qu’on les a eues ! Les protocoles sont faits par des personnes déconnectées du terrain. »

►Covid-19 : Jean Castex assouplit le protocole sanitaire dans les écoles

Enfin, de nouveau sur Paris, Élodie Jonquet, 34 ans, professeure d’éducation physique et sportive au collège lycée Paul-Bert, dans le XIVe arrondissement de Paris, décrit cette situation par le menu.

Pour l’EPS, les règles ne font que changer, c’est insupportable. Un coup on va à la piscine puis non, finalement on n’y va plus. Ce n’est pas évident à comprendre pour les élèves. Le sport est très important pour les enfants, surtout dans cette période très difficile. Et faire du sport avec un masque sur le visage, c’est dur. Les pauvres, ça fait deux ans que ça dure.

   

 

 

« Le gouvernement fait n’importe »

Dans le champ politique, les attaques sont également de mise. Jean-Luc Mélenchon s’en est pris ce jeudi sans retenue à Jean-Michel Blanquer : « Il a à moitié démoli l’école, mais a réussi à mettre tout le monde d’accord, c’est pas mal. Un crétin pareil est utile. Il faut laisser leur chance aux bons à rien », a lancé le candidat en marge du cortège parisien.

Anne Hidalgo, pour qui également « l’école a été largement abîmée » par la politique des cinq dernières années, participait également à la manifestation parisienne, tout comme Fabien Roussel et Christiane Taubira. Yannick Jadot, qui demande à ce que l’on change de ministre « pour pouvoir restaurer la confiance », a défilé à Grenoble.

►Regarder sur RFI : « Avec un protocole sanitaire changé 4 fois, il y a un ras le bol généralisé »

La droite n’est pas en reste. Ce mouvement s’adresse à ce ministre ainsi qu’à ce gouvernement, insiste le député LR Damien Abad, contre « leur vision kafkaïenne du protocole sanitaire ! », attaque-t-il dans Le Parisien.

Quant à Éric Zemmour, il estime sur France 2 que cette mobilisation est « légitime », car « le gouvernement fait n’importe quoi et pourrit la vie des enfants d’abord ». « Il y a un problème Emmanuel Macron surtout », enfonce le président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella.

 

 




Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *