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Une présidence française du Conseil de l’UE qui s’annonce agitée

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Depuis ce samedi 1er janvier, la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne, et ce pour les six prochains mois. Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse a présenté ses objectifs. Un président qui se veut ambitieux et qui n’hésite pas à afficher ses priorités pour cette présidence française du Conseil de l’UE. 

Trois mots symbolisent selon l’Élysée cette présidence du Conseil de l’Union européenne : la relance, la puissance et l’appartenance. C’est d’ailleurs la devise choisie par Emmanuel Macron qui a tenu à expliquer le but de cette présidence française lors de sa conférence de presse, le jeudi 9 décembre : « Je dirai que nous devons passer d’une Europe de coopération à l’intérieur de nos frontières à une Europe puissante dans le monde, pleinement souveraine, libre de ses choix et maître de son destin. C’est ça l’objectif. » 

Une présidence ambitieuse 

Quelles sont les priorités affichées pour ces six prochains mois ? Emmanuel Macron souhaite réformer l’espace Schengen pour que l’Union européenne protège ses frontières face aux crises migratoires. Il souhaite également repenser le cadre budgétaire de l’Europe – défini jusqu’à présent par les critères de Maastricht, c’est-à-dire remettre sur la table la question des 3% de déficit qu’il juge dépassés.

L’environnement avec le pacte vert européen, le numérique, le service civique européen, la question d’un salaire minimum font également partie des priorités françaises qui seront abordées au cours des 400 rendez-vous prévus. Et puis l’Afrique, avec la tenue d’un sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne les 17 et 18 février à Bruxelles afin de « refonder en profondeur » la relation « un peu fatiguée » entre les deux continents, est également au cœur des préoccupations françaises.  

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Des objectifs ambitieux, mais pas forcément les bons, selon David Cormand, eurodéputé français, membre du parti Europe Ecologie-Les Verts : « J’ai l’impression qu’on va avoir une présidence française de l’Union européenne des forums, des grandes réunions, des grands concours d’éloquence. Mais quels sont les dossiers concrets qu’on peut faire bouger ? Moi, j’en vois un certain nombre : un sur tout ce qui concerne l’agriculture et notamment les risques liés aux pesticides, etc. Un deuxième aspect sur la question de la fiscalité juste. Et puis il y a un autre sujet qui est la question des migrants : personnellement, je suis inquiet parce que j’entends un président de la République française qui parle de ce sujet-là comme d’un problème, comme quelque chose où il faudrait avoir une attitude répressive. Or aujourd’hui, l’Union européenne est en train de se conduire de façon irresponsable, ce n’est pas acceptable. » 

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Des objectifs difficilement atteignables 

Les sujets que souhaitent aborder Emmanuel Macron sont nombreux et le risque qu’ils n’avancent pas au rythme espéré existe, selon Frédéric Allemand, chercheur en études européennes à la Faculté de droit, d’économie et de finance de l’Université du Luxembourg et maître de conférences à Sciences Po Paris Rennes : « La question qui se pose est de savoir si, au regard de l’ensemble des dossiers que le président Macron veut aborder, il aura le temps matériel suffisant pour débloquer un certain nombre de sujets délicats, ou si au contraire il sera pris par le temps et il ne fera que passer sur cette présidence. » 

Cette question de temps est au cœur de cette présidence française, car même si elle était très attendue par Emmanuel Macron, de nombreuses voix s’élèvent, à l’image de celle de Raphaël Glucksmann, eurodéputé français, co-fondateur de Place Publique et proche du Parti socialiste, pour critiquer le calendrier et le fait qu’elle se déroule en pleine campagne électorale, alors qu’une élection présidentielle est prévue dans quatre mois : « Là, la présidence française, elle va se réduire à quoi ? Trois mois en fait au lieu de six. Et quand on écoute le président Macron dans son discours, même s’il y a beaucoup de points que je partage, eh bien on se rend compte que six mois seraient déjà bien trop courts pour lancer tous les chantiers qu’il promet de lancer et que trois mois ça semble totalement irréaliste. » 

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Une présidence en pleine campagne électorale 

Des critiques sur le fait qu’il n’y aura donc pas le temps pour mener à bien toutes ces thématiques, mais également concernant le mélange des genres, selon Manuel Bompard, eurodéputé français, membre de La France Insoumise (LFI) : « Je regrette quand même la question du calendrier qui va créer, à l’échelle nationale, des suspicions sur l’utilisation à des fins électorales de la présidence française, des 400 événements qui vont avoir lieu avant la date de l’élection présidentielle ; mais qui va aussi créer des suspicions à l’échelle européenne d’une utilisation de la présidence européenne à des fins nationales davantage que dans le sens d’un intérêt général ou pour faire progresser un certain nombre de dossiers au sein de l’Union européenne. »  

Pour l’eurodéputé de La France Insoumise, à l’image de nombreux autres eurodéputés français, « il aurait été plus juste, plus pertinent, de reporter la présidence française, par exemple au semestre suivant, ce qui aurait permis au président de la République élu d’avoir davantage de poids et de légitimité pour faire avancer un certain nombre de dossiers. » Cette question du calendrier revient régulièrement sur la table. 

Mais pour le chercheur Frédéric Allemand, cela ne pose pas de problème en soi : « Ce n’est pas la première fois qu’une présidence française s’exerce alors même qu’une élection présidentielle est programmée pendant la même période. Il faut bien voir que c’est un moment important pour les autorités françaises, le gouvernement en premier et le chef de l’État également, de pouvoir participer et contribuer à l’œuvre européenne, au processus politique, comme au processus législatif. » 

Cette présidence française de l’Union européenne s’annonce donc compliquée, étant donné le nombre de dossiers à aborder et surtout parce qu’elle se situe en pleine période électorale. Ce qui risque donc de réduire sa portée, et de créer des polémiques avec les autres candidats à l’élection présidentielle. 

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